Haile Selassie I en Jamaïque, 1966


Haile Selassie I en Jamaïque, 1966


Le 21 Avril 1966, l'Empereur d'Ethiopie Haile Selassie Ier arrive en Jamaïque:

"Ce 21 avril 1966 la chaleur de l'aéroport Norman Manley de Kingston est étouffante mais ce n'est rien comparé au degré d'espérance qu'atteint la foule, enjouée par la venue de Sa Majesté l'Empereur d'Ethiopie Haile Selassie I en Jamaïque.

Opération du gouvernement dans le but de décrédibiliser les rastas qui devenaient de plus en plus présent dans la vie locale, la venue de Haile Selassie correspond à un jour spécial et tant attendu pour toute une nation à qui on annonçait qu'il était l'incarnation de Dieu sur terre depuis les années 30.

Le jour avait été décrété férié longtemps à l'avance et dès la veille au soir la foule arrive des quatre coins du pays et s'amasse à l'aéroport Norman Manley, chacun espérant pouvoir voir Son Impériale Majesté.

De mémoire de Jamaïcain il n'y a jamais eu autant de monde à cet endroit que ce jour. Les gens arrivent de partout, en voiture, en camion, en autobus, à bicyclette, à pied. C'est un jour exceptionnel et déjà depuis plus d'une semaine les commémorations pour Ras Tafari ont commencé et n'ont cessé de monter en puissance. A l'aéroport, le tambour et les chants raisonnent sans jamais discontinuer, créant un rythme totalement hypnotique. L'odeur de la ganja brûlée dans les chalices flotte dans l'air, la communion de la foule atteint un degré d'espoir intense, JAH RASTAFARI va arriver.

Brother George Huggins d'Accompong était présent lors de l'évènement et se souvient de l'enthousiasme ambiant :

" C'est vraiment difficile de trouver des mots pour expliquer ce qu'a ça m'a fait de voir cet homme, ce grand homme, le seigneur des seigneurs comme on le considère dans la communauté rasta en Jamaïque. On avait entendu tellement de choses sur lui, depuis si longtemps ! Sur la piste de l'aéroport on voyait partout des feuilles de palmiers, des drapeaux vert jaune rouge éthiopien et certains soufflaient dans le abeng (les cornes de vaches qu'on utilise chez les marrons). Tout cela c'était pour lui souhaiter la bienvenue.

Tout le monde regardait vers le ciel et attendait l'apparition de l'avion de Son Impériale majesté qui arrivait de Trinidad et Tobago. Soudain la pluie

a commencé à tomber et la foule a continué à attendre, espérant au moins pouvoir voir l'avion au travers des nuages épais."

Quand l'insigne du Lion et les trois rayures vert jaune rouge apparaissent dans le ciel la pluie s'arrête soudainement et la foule se met à crier soudainement "Oh Dieu a arrêté la pluie !"

Minutes après minutes, le bruit de la foule ne cesse de s'accroître et des tas de gens se précipitent pour voir le distingué invité le plus prêt possible. A l'atterrissage, submergées par la foule, les barrières de police ne tiennent pas bien longtemps, la foule est totalement hystérique.

Mais le lion de Judah n'est pas apparu immédiatement comme prévu. Au lieu de cela l'avion reste là, immobile et silencieux. On ne peut distinguer aucun mouvement provenant de l'avion.

Finalement 45 minutes plus tard, vers 14h15, la porte s'ouvre et Son Impériale Majesté apparaît à la porte de l'avion. En le voyant, la foule répond avec un hurlement qui "était plus fort que le bruit du grondement du tonnerre, plus fort qu'une explosion " se souvient Misty Seaga qui accompagnait son mari Edward Seaga alors ministre du développement et de la santé.

La vue de ce spectacle émue totalement l'empereur qui n'aurait jamais imaginé ceci, il semblerait même que les larmes lui soient montées au moment où il a levé la main, faisant un geste pouvant être interprété comme ce qui pourrait avoir été autant un geste royal qu'un appel au calme.

Mortimer Planno, leader rastafarien monte alors les marches de l'avion pour accueillir l'Empereur, bouleversant le protocole sur demande des fonctionnaires de l'état qui ne sont plus en mesure de gérer l'événement.

Planno le peut par contre. Il s'empresse de faire des signes pour calmer la foule et permettre à l'Empereur de descendre de l'appareil. Avec l'aide des militaires et de la police, l'Empereur, sa fille et le reste de son entourage se rendent à leur voiture et quittent l'aéroport.

C'est au stade national qu'a lieu la réception en l'honneur de l'Empereur. Mais une fois de plus le protocole est bouleversé et quand le cortège arrive aux abord du stade, il est accueillit par une foule impressionnante et le même type d'enthousiasme que quelques heures auparavant, il est 17h00.

Une fois rentré dans le stade rempli à raz bord, les festivités commencent par les interprétations des hymnes nationales Ethiopienne et Jamaïcaine. L'empereur est à présent reçu par les sommités politiques de l'île . C'est Mr Oiseau d'Eustace maire de Kingston qui l'accueille et lui offre les clés de la ville. Au Premier ministre intérimaire Donald Sangster d'enchaîner par un discours de bienvenue.

Haile Selassie est une fois de plus ovationné et c'est en Amharique qu'il répond à la foule, remerciant le peuple jamaïcain pour sa chaleur et son affection.

La suite des évènements est plus calme, le gouvernement ayant considérablement renforcé les forces de sécurité autour de l'Empereur et c'est un dîner à la Kings House qui clos les festivités officielles.

Cette journée du 21 avril 1966 restera à jamais gravée dans la mémoire des Jamaïcains et certainement pendant longtemps aussi dans celle de sa Majesté. Quelques heurts ont tout de même entamés la cérémonie du stade, avec l'apparition de quelques protestataires équipés de pancartes avec des slogans allant à l'encontre du gouvernement éthiopien. Est-ce que ça faisait partie du protocole et des manœuvres du gouvernement ?

Le lendemain l'Empereur part pour une longue visite de Kingston et déclare une fois de plus en public sa joie d'être en Jamaïque si peu de temps après l'indépendance.

Conscient des espoirs des rastas, de ce mouvement qu'il le déifie, Haile Selassie souhaite pouvoir en savoir plus. Conseillé par ses proches, il se rend à Val Royal où est organisée une exposition artisanale par une association rastafarienne. Il y passe une longue partie de l'après midi.

Cette longue journée de rencontre avec la population locale se termine par une soirée durant laquelle Haile Selassie reçoit un titre de docteur honorifique de l'université des West Indies.

Le samedi 23 avril au matin, le cortège part visiter la partie ouest de l'île. C'est en train qu'ils feront le voyage et c'est une grande tournée des villes du cœur du

pays qui a lieu ce jour. L'Empereur est une fois de plus adulé à chaque étape. Il est présenté et fait des discours aux habitants de Denbigh, Williamsfield, Maggotty, Montpelier, long périple qui se finit à Montego Bay vers 16h00.

La journée fût tout de même un peu perturbée et les cérémonies de Spanish Town furent annulées à cause d'une émeute. Quelques policiers et un écolier seront blessés et des voitures brûlées. Il semblerait que la sauce ait monté alors que les policiers empêchaient des rastas d'approcher plus près de l'empereur et selon une rumeur obscure, de nombreuses personnes pensaient que Haile Selassie n'était pas le vrai mais un usurpateur envoyé par le gouvernement. La police a été forcée de recourir à l'utilisation du gaz lacrymogène pour reprendre contrôle de la situation.

Après cette mémorable visite de 3 jours qui tient place intégrante dans le mythe Rastafari, l'Empereur Haile Selassie I quitte la Jamaïque le dimanche 24 avril à 9 heures du matin pour une visite d'état à Haïti.

Avant de partir, il reçoit les honneurs du premier bataillon du régiment de la Jamaïque. Par contre, contrairement à son arrivée, le peuple n'est pas au rendez-vous. Cette visite l'a bouleversé et le départ de l'Empereur n'est alors qu'une sombre cérémonie où à peine une centaine de personne se sont rassemblées.

Selassie, touché, parlera longtemps de cette visite en Jamaïque et de ces rastas. Fier chrétien, il annoncera pourtant lors des cérémonies qu'il ne pouvait pas être Dieu et qu'avant de vouloir retourner en Afrique, le peuple jamaïcain devait construire son pays. Tout était remis en cause ! De nombreux observateurs spéculaient sur la chute du mouvement après la venue de l'Empereur, mais il n'en fût rien. Il fût simplement dynamisé, l'Empereur offrait de nouveaux sujets de reasoning et à présent le mouvement rasta, dans tous ses états et dans toute son ambivalence n'allait plus cesser de croître." Source Jahmusik.

Haile Selassie I en Jamaïque, 1966

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Sa Majesté Impériale Haïlé Selassié Ier dit de la Bible

H.I.M Hailé Sélassié I dans une interview radio avec le Dr Oswald Hoffman à l'occasion de la Nativité en Ethiopie 1968.

Sa Majesté Impériale Haïlé Sélassié I (Extrait de 'wisdom of Jah)

Hailé Selassié dans une interview par Oriana Fallaci, 1973

L'Education est la clé